D Smoke « Black Habits »

Du haut de ses 34 ans, D Smoke n’est pas un néophyte dans le milieu. Il a même déjà à son actif un projet sorti en 2006 et intitulé Producer of the Year, difficilement trouvable aujourd’hui, il faut bien l’avouer. Entre ce premier essai et ce nouvel album, le rappeur d’Inglewood s’est construit sereinement dans un entourage familial qui a toujours baigné dans la musique. Parolier pour d’autres artistes, c’est au sein du groupe The Woodworks (aux côtés de ses deux frères, SiR et Davion Farris, et de sa cousine Tiffany Gouché) que D Smoke entrevoit une carrière artistique.

Du Gospel au Hip Hop, du piano au chant en passant bien évidemment par le rap, la palette musicale de Smoke est vraiment large. Rien d’étonnant pour un professeur de musique enthousiaste qui adore transmettre à ses élèves sa passion. Ajouté à cela, une maitrise parfaite de l’espagnol qu’il enseigne aussi à des collégiens, et vous obtenez un produit purement authentique de la Cité des Anges. L’année dernière, son EP 7 titres Inglewood High nous a déjà offert un joli aperçu de ce que l’on pouvait attendre de son tant attendu long format, que je vais me faire un plaisir de vous présenter.

C’est par un rituel matinal que s’ouvre ce projet avec l’introduction « Morning Prayer ». Un souvenir d’enfance des frères Farris dans lequel leur mère leur dictait ses dernières recommandations avant de les envoyer à l’école. Un cérémonial qui fait écho au premier morceau de ce projet avec ce conseil : « And if somebody puts they hands on you, what do you do ? Make ’em wish they didn’t ». En effet, le titre « Bullies » commence comme un simple règlement de compte pour glisser ensuite vers une critique plus directe de la violence systémique aux USA : « You think we violent, you got it, this country made us ».

Une performance qui dans son interprétation, à travers ses intonations et sa façon de construire ce titre, me pousse logiquement à aborder cette ressemblance troublante avec un certain Kendrick Lamar. Un style qui s’en rapproche par moment mais jamais sous forme d’imitation voulue et flagrante. Une comparaison qu’avait fait Cardi B lors du show Rhythm + Flow en lâchant un « Hello Kendrick Lamar. We have a friend for you » avec la spontanéité qui la caractérise.

A la suite de ce très convainquant « Bullies » nous retrouvons le premier single de cet album avec « No Commas ». Une ambiance très punchy dans laquelle D Smoke n’hésite pas à mettre en avant sa maîtrise des deux langues officielles de Los Angeles. Un bilinguisme au service des morceaux de ce projet sans jamais trop en faire. Les changements de l’anglais vers l’espagnol, et vice versa, arrivent toujours à des moments opportuns. Ils apportent de véritables respirations aux différents titres, à l’image d’un « Gaspar Yanga » par exemple où dans le deuxième couplet Smoke switche avec aisance entre les deux langues.

Le dernier titre cité, avec au refrain Snoop Dogg, laisse place ensuite à un univers beaucoup plus posé où viennent se mélanger ses influences jazzy et soul. Un terrain propice à un discours spirituel, véritable ADN de D Smoke qui a fait ses premiers pas dans la musique aux côtés de ses parents dans la chorale gospel de son quartier. Ne boudons donc pas notre plaisir à l’écoute des délicats « Top of the Morning » et « Season Pass » ou des prenants « Sunkissed Child » (avec Jill Scott et Iguocho) et « Fallin’ ». Chacun de ces titres nous permet d’en apprendre un peu plus sur son auteur qui parsème habillement, ici et là, des bouts de sa vie.