The Hempolics « Kiss cuddle et torture Vol.2 »

Le collectif du producteur Grippa Laybourne enrichit son reggae-dub soulfull à coup de beats électro et hip hop sur l’album « Kiss cuddle & torture Vol.2 ».

Fer de lance de la nouvelle scène reggae londonienne depuis la sortie de son album Kiss, Cuddle & Torture: Volume 2 en 2017, le combo du producteur Grippa Laybourne a déjà fait vibrer tous les clubs de la capitale avec son mash-up exaltant de reggae, de dub, de Dancehall, de groove et de pop. Un cocktail contemporain et irrésistible associé à des textes humanistes et festifs clamés par la chanteuse Nubiya Brendon du collectif Nubiyan Twist et le chanteur Dandelion. The Hempolics continue de faire évoluer son reggae métamorphe sur le deuxième volume de l’aventure Kiss cuddle & torture Vol.2 attendu le 12 juin sur son propre label Zee Zee Records.

A l’instar des jeunes musiciens de jazz britanniques qui bousculent les standards du genre, The Hempolics se joue des codes du reggae ajoutant toujours plus d’ingrédients à ses vibrations jamaïcaines soulful et optimistes. Sur ce nouvel album, le groupe propulse ainsi ses compositions dans des galaxies électros, hip hop, trip hop voire shoegaze. Un virage créatif où continuent de régner le dub cosmique, le funk psyché et les saveurs langoureuses du reggae servis par le claviériste Grippa Laybourne, les guitaristes Harry Collier et Leon King, le bassiste Lorenzo et le batteur Craig Boorman rejoints par quelques invités comme le rappeur de Miami Cojack ou la chanteuse du groupe Faithless Pauline Taylor.

Tami Neilson « Chickaboom »

Elle s’est installée par amour en Nouvelle-Zélande il y a un peu plus de dix ans, Tami Neilson vient du Canada. La chanteuse a grandi tout en se produisant sur tout le continent nord-américain avec le groupe familial Neilson Family Band, partageant ainsi l’affiche avec Johnny Cash, Tanya Tucker ou Kitty Wells. Rien d’étonnant alors de voir la chanteuse maîtriser aussi bien sa voix puissante les codes country, le gospel, la soul vintage, que le western swing ou le rock’n roll 50’s.

L’artiste a invité son frère Jay Neilson comme guitariste et songwriter sur cette collection savoureuse de dix titres capables de terrasser le plus blasé d’entre nous. La chanteuse alterne ici les ballades poignantes à la Patsy Cline, l’énergie country-rock de Wanda Jackson, la sensualité de Peggy Lee, la rugosité blues de Screamin’ Jay Hawkins et le groove de Sharon Jones.

Zoufris Maracas « Bleu de lune »

Les Zoufris Maracas ont créé leur propre chemin sur la scène française. Ce chemin, jalonné de jolis mots, ils l’arpentent avec un étendard de liberté et à chaque pas ils témoignent de la folie de notre époque (et quelle époque !). Pour tout dire, c’est ce qui fait de ces compères un groupe qui prend aux tripes et qui permet d’avancer en ayant l’impression d’être un peu moins fou. « Bleu de lune » est une magnifique étape de chemin, à n’en pas douter. En ces temps obscurs, il est certain que cet album est un baume de premier choix pour apaiser tous les zoufris d’ici et d’ailleurs. Petit tour d’horizon de la folie des hommes.

Tout au long de leur voyage, de leur vie, Zoufris Maracas, comme chacun de nous, ne peut qu’observer la déchéance. Mais ces gars-là, ils ont la particularité unique de savoir la transformer en une complainte festive. De Maré à Lifou vous emporte et vous emmène dans cet état de liberté qui permet de reprendre son souffle. Parfois, il est possible d’oublier que la vie est belle. Alors inspirer et monter le son. C’est bon, vous vous rappelez comme elle peut être belle aussi ?

A d’autres moments, arriver à un certain point, on oublie qu’on est tous frères. C’est ce qui fait la spécificité de chacun des concerts de Zoufris Maracas : la création d’un rassemblement de frères et de sœurs. Pourtant il ne cesse d’observer que l’amour de l’homme et de l’humanité est à l’épreuve lorsqu’il s’oppose à la bêtise cupide de certains rapaces. La proposition est alors faite de se jeter dans l’eau comme pour s’en remettre à l’océan et à Sa majesté la mer. Allez, copain, Mon ami mon cher, ces usuriers n’ont pas (encore) arrêter le temps, tout est vanité, mais Zoufris Maracas est avec toi. Comme pour mieux te relever malgré le marasme ambiant et continuer à te trémousser, l’air festif de Sur quel pied danser est un remède sûr

Chineseman « The groove session Vol 5 »

Groupe de trois musiciens formé à Marseille, Chinese Man fonde son label en 2004 et se produit de façon indépendante depuis ses débuts. Quelques disques plus tard, le groupe sort Shikantaza, et entame une tournée internationale.

Le trio marseillais évolue depuis bientôt 15 ans dans l’exploration sonore, s’affranchissant toujours un peu plus des styles et des tendances. De manière indépendante, au sein de leur label, le groupe invite au lâcher prise, à saisir le moment présent, un chemin vers l’éveil qu’il appartient à chacun d’emprunter à l’image de leur album « Shikantaza » paru début 2017. En fin d’année 2018, après 160 dates en 18 mois, le groupe sort « Shikantaza Remix », et entame une tournée internationale.

Chinese Man revient en 2020 avec les « Groove Sessions Vol. 5 », album qu’ils signent avec Scratch Bandits Crew et Baja Frequencia. Ils défendront ce projet ensemble sur scène avec deux MCs : Youthstar et Miscellaneous

D Smoke « Black Habits »

Du haut de ses 34 ans, D Smoke n’est pas un néophyte dans le milieu. Il a même déjà à son actif un projet sorti en 2006 et intitulé Producer of the Year, difficilement trouvable aujourd’hui, il faut bien l’avouer. Entre ce premier essai et ce nouvel album, le rappeur d’Inglewood s’est construit sereinement dans un entourage familial qui a toujours baigné dans la musique. Parolier pour d’autres artistes, c’est au sein du groupe The Woodworks (aux côtés de ses deux frères, SiR et Davion Farris, et de sa cousine Tiffany Gouché) que D Smoke entrevoit une carrière artistique.

Du Gospel au Hip Hop, du piano au chant en passant bien évidemment par le rap, la palette musicale de Smoke est vraiment large. Rien d’étonnant pour un professeur de musique enthousiaste qui adore transmettre à ses élèves sa passion. Ajouté à cela, une maitrise parfaite de l’espagnol qu’il enseigne aussi à des collégiens, et vous obtenez un produit purement authentique de la Cité des Anges. L’année dernière, son EP 7 titres Inglewood High nous a déjà offert un joli aperçu de ce que l’on pouvait attendre de son tant attendu long format, que je vais me faire un plaisir de vous présenter.

C’est par un rituel matinal que s’ouvre ce projet avec l’introduction « Morning Prayer ». Un souvenir d’enfance des frères Farris dans lequel leur mère leur dictait ses dernières recommandations avant de les envoyer à l’école. Un cérémonial qui fait écho au premier morceau de ce projet avec ce conseil : « And if somebody puts they hands on you, what do you do ? Make ’em wish they didn’t ». En effet, le titre « Bullies » commence comme un simple règlement de compte pour glisser ensuite vers une critique plus directe de la violence systémique aux USA : « You think we violent, you got it, this country made us ».

Une performance qui dans son interprétation, à travers ses intonations et sa façon de construire ce titre, me pousse logiquement à aborder cette ressemblance troublante avec un certain Kendrick Lamar. Un style qui s’en rapproche par moment mais jamais sous forme d’imitation voulue et flagrante. Une comparaison qu’avait fait Cardi B lors du show Rhythm + Flow en lâchant un « Hello Kendrick Lamar. We have a friend for you » avec la spontanéité qui la caractérise.

A la suite de ce très convainquant « Bullies » nous retrouvons le premier single de cet album avec « No Commas ». Une ambiance très punchy dans laquelle D Smoke n’hésite pas à mettre en avant sa maîtrise des deux langues officielles de Los Angeles. Un bilinguisme au service des morceaux de ce projet sans jamais trop en faire. Les changements de l’anglais vers l’espagnol, et vice versa, arrivent toujours à des moments opportuns. Ils apportent de véritables respirations aux différents titres, à l’image d’un « Gaspar Yanga » par exemple où dans le deuxième couplet Smoke switche avec aisance entre les deux langues.

Le dernier titre cité, avec au refrain Snoop Dogg, laisse place ensuite à un univers beaucoup plus posé où viennent se mélanger ses influences jazzy et soul. Un terrain propice à un discours spirituel, véritable ADN de D Smoke qui a fait ses premiers pas dans la musique aux côtés de ses parents dans la chorale gospel de son quartier. Ne boudons donc pas notre plaisir à l’écoute des délicats « Top of the Morning » et « Season Pass » ou des prenants « Sunkissed Child » (avec Jill Scott et Iguocho) et « Fallin’ ». Chacun de ces titres nous permet d’en apprendre un peu plus sur son auteur qui parsème habillement, ici et là, des bouts de sa vie.

The Animen « Same sun-différent light »

Voici de solides piliers de la scène rock suisse, dont la richesse aura déjà marqué les dernières années, à la croisée des cultures et sans complexe, à l’instar de ce quartet de Carouge (près de Genève), précédé d’une belle réputation scénique. En décidant pour ce 3e album de « casser les règles à la con » qu’ils s’étaient imposés par le passé, c’est sous la houlette de Samy Osta (Feu!Chatterton, La Femme) qu’ils livrent un disque malin et nonchalant, riche en trouvailles mélodiques derrière la formule rock’n’roll on ne peut plus classique, et portée par la voix chaude de Théo Wyser. De The Absence à From The Get-Go en passant par Kill Your Darlings, ils renouvellent le genre avec désinvolture, comme le laisse deviner le titre de leur album, qui aurait pu aussi s’appeler Modern Nostalgia !